Le multiple dans l’unité

Peut-être avez-vous déjà vécu l’une ou l’autre de ces situations où vous vous êtes dit ou avez ressenti :

« j’ai très envie de m’engager dans cette nouvelle relation mais j’ai peur d’être blessé à nouveau »

« de tout mon cœur j’aime prendre soin de ma famille mais je n’ai pas de temps pour moi et c’est très frustrant ! »

« je ne me sens pas épanoui dans mon travail et j’ai très envie de changement, mais je ne peux pas démissionner c’est impossible »

« c’est plus fort que moi, quand je me sens seule, je ne peux pas m’empêcher de manger et après je me sens mal et j’ai honte »…

… Ces situations de la vie quotidienne où nous découvrons que nous ne sommes pas fait « d’un bloc » mais faisons l’expérience de plusieurs voix (ou « parties ») à l’intérieur de nous qui ressentent des émotions, des sensations et ont des pensées très différentes face à un même sujet

… Ces situations où des voix multiples s’enchevêtrent et laissent parfois peu d’espace à notre paix intérieure, les voix les plus fortes l’emportant sur les autres.

Les parties

Ces nombreuses parties qui reflètent la multiplicité de notre psychisme forment ensemble une famille intérieure organisée sur le même modèle que les autres systèmes humains. Elles entretiennent entre elles des relations, des conflits, se protègent l’une l’autre, se soutiennent ou s’ignorent.

Elles ont chacune à l’origine des qualités naturelles importantes, des talents et une intention positive pour nous, notre système. Elles font de nous un être vivant, appréhendant et expérimentant le monde à sa manière unique et singulière. Toutefois, certaines parties se retrouvent parfois forcées dans des rôles extrêmes liés à des évènements traumatisants, elles se chargent alors de fardeaux et finissent par adopter des stratégies tragiques pour nos vies et nos relations.

Ainsi certaines expériences vécues dans le passé et les croyances limitantes qui s’y sont associées ont amenée certaines parts de nous à se figer. En IFS, ces parts sont appelées « exilées » et portent malgré elles la mémoire traumatique du passé. Semblables à des enfants blessés et rejetés, elles sont souvent submergées par des fardeaux de honte, d’impuissance, la sensation de ne pas être à la hauteur et la conviction de ne pas mériter l’amour. A cause de ces émotions douloureuses, les exilées sont mises à l’écart du système par les parts protectrices, d’où leur nom. Nombre de ces exilées désirent ardemment être acceptées et vont tout faire pour signaler leur présence et trouver l’amour qui leur permettra de se sentir enfin en sécurité.

Pour éviter à ces parts de revivre une situation difficile (et donc par amour pour elles), d’autres parts se positionnent comme des protecteurs qui essayent de contrôler l’environnement pour écarter tout danger pour l’exilé. Ce sont les « managers ». Ils ont plein de stratégies et travaillent dur pour éviter les situations à risque : critiquer, se montrer serviable, chercher la perfection, être exigeant, pratiquer l’autosabotage, etc.

Les « pompiers » interviennent lorsqu’en dépit des efforts de managers, les exilés sont activés et menacent d’envahir le système. Ils entrent alors en jeu pour éteindre le feu de l’incendie des émotions, images ou sensations pénibles. Les pompiers ont plein de stratégies pour faire diversion et éviter de sentir la douleur des parts blessées : les accès de colère ou d’apathie, toutes les formes d’addiction (travail, sexe, drogue, alcool, série télé, jeux vidéo, etc.) et même se faire mal/se tuer. Ce sont des comportements impulsifs, irrationnels, irrépressibles qui font perdre son contrôle à la personne.

Le Self

L’IFS découvre par ailleurs que nous sommes « plus grand que la somme de nos parties » et que réside en nous un espace intérieur, le « Self » (ou Soi ou notre Être profond), distinct de chacune de nos parts et en même temps naturellement curieux, ouvert et dans l’acceptation profonde de chacune d’elles. Cet espace n’a jamais été blessé et n’est pas affecté par nos blessures même les plus sévères, il est inaltérable. Chef d’orchestre des parties, il est « ce qui nous tient ensemble » et sait naturellement ce qui est bon pour nous. Cependant, nous sommes souvent tellement identifiés à nos parts que nous ne le voyons pas et n’en faisons pas l’expérience. Lorsqu’il est différencié des parties, le Self agit comme un leader actif pour notre système, animé de compassion. En tant qu’instance d’amour, il est capable d’aller prendre soin de nos parties blessées, séparées, exilées et de les guérir.

” Une personne guidée par le Self est facile à repérer : vous avez l’impression que la lumière est allumée et qu’il y a quelqu’un à l’intérieur. ” – Richard Schwartz